Le Devoir, Montréal, 25 mars 2017: Des ateliers scientifiques pour rapprocher les gens

Le Devoir, Montréal, 25 mars 2017

Par: Martine Letarte

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Des ateliers scientifiques pour rapprocher les gens

La Ruche d’art Pointe-Saint-Charles, un lieu où les gens du quartier se retrouvent pour créer gratuitement et en toute liberté, s’est aventurée hors des sentiers battus la semaine dernière en présentant un atelier scientifique. Le thème ? «De quoi a-t-on besoin pour être heureux et en santé ?» Rien de moins !

 Comme scientifiques présents, on trouvait Morgan Kahentonni Phillips, étudiante au doctorat de Kahnawake qui s’intéresse à l’approche culturelle en santé dans sa communauté, Satoshi Ikeda, chercheur de Concordia engagé dans le domaine de la sociologie de l’alimentation et de l’économie sociale, puis Vagner Raso, chercheur qui s’intéresse au vieillissement, à l’immunologie et à l’exercice.

 L’atelier scientifique est un projet de Janis Timm-Bottos, professeure au département de thérapies par les arts de l’Université Concordia et directrice du Réseau des ruches d’art. Elle présentera l’initiative lors du cinquième colloque international du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) qui se tient les 6 et 7 avril à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

 « L’idée des ateliers scientifiques vient d’Europe et on l’a adaptée, affirme-t-elle. Nous souhaitons engager des conversations sur des sujets larges qui intéressent les gens du quartier. »

 L’objectif est aussi d’amener les citoyens à rencontrer des scientifiques et à échanger avec eux.

 « Les scientifiques présentent quelques idées, mais ce n’est pas fait sur un ton universitaire, explique Janis Timm-Bottos. C’est très informel. On choisit aussi des gens avec des profils très diversifiés qui viennent présenter différents savoirs. On ne veut pas que des savoirs occidentaux. On souhaite présenter plusieurs voix et que tout le monde participe à la discussion. Les scientifiques veulent savoir aussi ce à quoi croient les gens et ce qui fonctionne pour eux. »

 Les ateliers scientifiques dans les ruches d’art ont commencé au Québec en 2015 à Saint-Henri. On y a parlé notamment de réactions chimiques, de sucre, de gravité et des stratégies de camouflage des animaux. Avant de commencer un atelier scientifique, les participants sont invités à la ruche d’art pour créer en s’inspirant du sujet du jour.

Après Saint-Henri, il s’est tenu des ateliers dans les quartiers Centre-Sud et Notre-Dame-de-Grâce. Pointe-Saint-Charles vient de s’ajouter à la liste, puis le Musée des beaux-arts de Montréal inaugurera cette semaine sa Ruche d’art et on y tiendra aussi des ateliers scientifiques.

 Rapprocher l’art et la science

 Lier l’art et la science ne va pas nécessairement de soi pour tout le monde aujourd’hui. Mais l’équipe de Janis Timm-Bottos est convaincue des bienfaits de l’initiative.

 « Depuis des centaines d’années maintenant, l’art et la science sont séparés, mais ce n’était pas ainsi avant, dit-elle. On a juste à penser à Léonard de Vinci qui était à la fois un grand scientifique et un grand artiste ! Nous croyons qu’il est temps de rapprocher les deux disciplines. »

 Les équipes des ruches se trouvent toutefois confrontées à certaines réticences avec leurs ateliers scientifiques.

 « On a commencé ces ateliers avec 10 personnes seulement à Saint-Henri, affirme Janis Timm-Bottos. Mais nous avons persévéré et, comme nous avons une relation très forte avec la communauté dans le quartier, nous avons réussi à attirer de plus en plus de gens. »

 Pour étendre ces ateliers au reste du réseau, la chercheuse s’attend à relever des défis. Parce que si chaque ruche d’art a différents profils de participants, tous ne sont pas nécessairement à l’aise de participer à des activités scientifiques.

 « Les ruches d’art permettent à tout le monde dans le quartier de participer à des activités culturelles sans avoir à débourser d’argent, explique Mme Timm-Bottos. On y trouve toutes sortes de participants, dont plusieurs personnes marginalisées. »

 Les ruches d’art utilisent donc l’art comme outil d’inclusion sociale.

 « C’est important que les gens s’y sentent bien, s’y sentent bienvenus et qu’ils développent un sentiment d’appartenance à leur ruche d’art, indique-t-elle. Or, plusieurs personnes ne sont pas nécessairement à l’aise avec des scientifiques. Nous souhaitons avec ces ateliers lever les barrières et briser les stéréotypes des deux côtés. Mais, ça prend du temps. Il faut poursuivre le travail. »

 Les ateliers scientifiques ont enregistré plus de 600 entrées pendant leur première d’année d’implantation.

 Réseau des ruches d’art

 Auparavant installée au Nouveau-Mexique, Janis Timm-Bottos est arrivée au Québec en 2011 et elle y a implanté le concept des ruches d’art, qui reçoivent beaucoup de matériel de création sous forme de dons.

 « Au départ, c’étaient des chercheurs comme moi qui démarraient des ruches d’art, mais de plus en plus de gens ont commencé à aimer l’idée, à croire en leurs bénéfices et à en démarrer », explique la professeure.

 Puis, le Réseau des ruches d’art a été créé en 2014.

 « Les ruches d’art fonctionnent de façon indépendante, mais nous avons créé notre site Internet, nous partageons de l’information, nous réalisons des projets ensemble et la création des ateliers scientifique en est un », explique Janis Timm-Bottos.

 On compte maintenant 104 ruches d’art dans le monde, dont 45 au Québec. On en trouve notamment dans des bibliothèques, dans des immeubles de logements sociaux et très bientôt, au musée.

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